Arnaud Cathrine © Astrid di Crollalanza

Interview d’Arnaud Cathrine (Tandem)

Ecrivain d’origine nivernaise à la scène, passionné de musique en coulisses, Arnaud Cathrine est également conseiller littéraire du festival Tandem depuis 2012. Rencontre avec un « Frère animal » à la parole claire et bienveillante.

 

 En quoi consiste votre rôle au sein du festival ?

Depuis le début de la création du festival, j’exerce la fonction de conseiller littéraire, comme je le suis pour le festival « Les Correspondances de Manosque », ainsi qu’à la Maison de la poésie à Paris. Je travaille en collaboration avec les membres de l’association qui me font part de leurs idées et de leurs envies. Puis ils me laissent carte blanche pour contacter et choisir des auteurs, qui me proposent à leur tour des artistes avec lesquels ils aimeraient travailler.

 

Quels étaient vos objectifs pour cette quatrième édition ?

Avec l’équipe de Tandem, notre priorité était de développer la programmation jeune public, grâce notamment à la contribution de Laetitia Buchon-Daget et de la Médiathèque Jean-Jaurès. Cette année, ce qui nous plaît, c’est qu’il y a autant de spectacles pour les adultes que pour les jeunes, mais aussi de nombreuses rencontres prévues avec les auteurs dans les classes.

Le festival est encore dans une phase de développement et il doit s’inscrire encore plus dans le territoire. Il y a donc encore plein de partenariats à créer dans la Nièvre.

Notre deuxième envie était de surprendre à nouveau le public avec des textes puissants, comme celui de Jeanette Winterson. Mis en mots et en voix par Julie Depardieu, il raconte le « roman vrai » d’une femme qui revient du pire.

 

Comment définiriez-vous la programmation en trois mots ?

Imprévisible. Je n’ai pas vu tous les spectacles qui seront présentés. J’en découvrirai même certains en même temps que le public. La sagesse, c’est d’inviter des auteurs dont on sait ce qu’ils vont donner sur scène. Si j’ai fait se rencontrer le tandem Philippe Besson (auteur) et Solal Forte (comédien), je suis curieux de découvrir celui de Maylis de Kerangal (auteure) avec Alexandre Longo (musicien) ou encore celui de Hugues Barthe (auteur de bande dessinée) et Alain Klinger (musicien).

Présence. J’ai eu envie de présenter des auteurs et des artistes qui ont une présence. C’est quelque chose de délicat à mettre en place, car tous les auteurs ne sont pas à l’aise sur scène.

Eclectique. Dans cette programmation, il y a des sensibilités littéraires et artistiques extrêmement variées, qui apporteront d’autres couleurs, d’autres humeurs et laisseront une empreinte différente.

 

Vous êtes natif de Cosne et vous vivez à Paris. Qu’est-ce qui vous relie à Nevers ?

L’enfance. Nevers, c’est dix-sept ans de ma vie avant mon arrivée à Paris. Puis, Parisien passionné, j’ai réalisé au bout de 15 ans que j’étais un provincial. Même si mon cercle intime est à Paris, quand on est provincial, on l’est à vie. Je ne vais à Nevers que pour Tandem. Il y a un substrat intime, le lien invisible qui me relie à elle et à la Nièvre. On ne se départit jamais du territoire de son enfance.

 

Vous présentez en clôture de festival votre spectacle « Frère animal – second tour » avec Florent Marchet. A quelle catégorie – si tant est qu’on puisse le catégoriser – appartient-il ?

Comment décrire cet O.V.N.I. ? Pour moi, c’est un spectacle musical dans lequel on raconte une histoire, qui est en musique. C’est une expérience à la croisée de la pop et de la littérature qu’on propose au public. C’est à lui de s’abandonner et de se laisser porter.

 

Vous racontez l’histoire d’un jeune garçon, Thibaut, qui, à force de ressentiments, se fait happer par un parti d’extrême droite… Ce qui n’est pas sans rappeler notre actualité. Un spectacle engagé ?

Engagé, oui, mais pas au sens militant ou partisan. C’est un spectacle citoyen qui s’inquiète de la montée du repli identitaire. Le versant romanesque l’emporte sur le propos politique. Le déclic a été La Manif pour tous. En entendant certains propos, nous nous sommes dit “mais comment est-ce possible ?”, alors que ces mêmes propos sont interdits par la loi. Nous avons ressenti une grande incompréhension devant ce vent réactionnaire. Notre modeste réponse c’est « Frère animal ». Notre porte-voix, c’est la scène.

 

Considérez-vous que la violence sociale et l’aliénation des individus dans le monde du travail – ce que vit Thibaut dans l’histoire – fassent partie des causes directes de ces basculements dans l’extrémisme ?

Je fais une hypothèse de citoyen. Une des causes, c’est le délaissement des politiques envers les gens de milieux extrêmement populaires et, en sens inverse, la lassitude et le désaveu de la classe politique qu’il faut entendre. On est au bout d’un système qui est à bout de souffle. Je pense à l’axiome « quand on ne regarde pas un individu, il crève sur place ». Alors, à force de ressentiments et de colère, certains se disent que l’alternative c’est le FN. Un réflexe franco-français c’est de ne pas vouloir voir ça. Comprendre, c’est essayer d’expliquer pour ne pas aller au mur. Dans « Frère animal », on est en empathie avec Thibaut, parce qu’il y a des dérapages qu’on peut comprendre et expliquer… Si on ne commence pas par là, ça va aller de mal en pis.

 

Quels sont vos autres projets pour 2017 ?

J’écris une série pour adolescents « A la place du cœur ». Le deuxième tome sort en mars. Je travaille également sur le scénario d’un roman graphique pour adultes…

 

Photo : Arnaud Cathrine © Astrid di Crollalanza



BBertrand

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"Je me presse de rire de tout de peur d'être obligé d'en pleurer."


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